Alix Bénézech Une actrice passionnée et engagée au Camping des flots bleus

4

Alix Bénézech fait partie de ces jeunes actrices émergentes qui alternent entre cinéma d’auteur et long-métrage à grand budget. Motivée avant tout par la passion de varier les projets, elle est à l’affiche de « La vie nous appartient », une expérience naturelle initiatique, et « Camping 3 », que l’on ne présente plus. Autour d’un Mûre Hibiscus de chez Starbucks, nous nous sommes rencontrés pour parler des valeurs qui l’incombent.

La témoin directe d’une jeunesse dénaturalisée

« La vie nous appartient » d’Alex K. Lee suit le périple de deux jeunes adolescents qui, pour leur première rencontre physique, décident de partir en forêt et de sauter en haut d’une falaise, ensemble. Le long-métrage confronte cette jeunesse 2.0 basée sur les relations numériques à un état naturel, celui tant aimé par Hobbes et Locke. Cette trame part d’un constat : « Notre génération est née avec cette connexion permanente et on ne peut pas faire sans », confie Alix. « Moi-même je m’en suis servi pour communiquer et rencontrer de nouvelles personnes. Toutefois, rien ne vaut des rencontres humaines. Par exemple, je vais me servir professionnellement des réseaux mais, amicalement, je vais opter pour un café ».

Peut-on parler d’une dénaturalisation de la relation amoureuse ? L’amour originel existe-t-il encore ? Pour Alix, c’est avant tout un problème de projection dans une autre réalité. « Sur les réseaux sociaux, on dévoile essentiellement du positif, on se voile la face. Il y a très peu de négatif et, quand il y en a, soit ça ne fonctionne pas, soit ça rassemble. Nous n’assistons jamais à une mise en représentation permanente de soi-même, et c’est là qu’est le problème. Comme tout est question de représentation, le risque est l’impact négatif de la publication d’une nouvelle négative. C’est entre autre pour ça que je me tiens au courant de l’information sans la passer en boucle. Les messages négatifs sont insidieux ».

 

Le film d’Alex K. Lee a un retentissement particulier chez Alix. Alors qu’elle rencontre le réalisateur à 21 ans, sept ans se sont passé depuis le drame familial qui a failli la faire basculer de l’autre côté. « C’est le théâtre qui m’a sauvée car, trois jours après, je passais une audition sur le monologue d’Iphigénie de Jean Racine. L’interprétation était tellement poignante – voire beaucoup trop – que la professeure et l’acteur sont venus me parler après parce qu’ils sentaient que le sentiment était plus profond. Peut-être que c’est ce qui a fait basculer ma réponse positive au projet d’Alex. Peut-être que ça faisait écho aux réponses que j’aurais aimé trouvé à l’époque », nous avoue Alix.

« La vie nous appartient » était aussi et avant tout un retour à l’état naturel, à notre vérité à tous. Le message va bien plus loin qu’un message pour l’adolescence. Dans une industrie qui tourne aujourd’hui beaucoup autour des blockbusters, le long-métrage d’Alex K. Lee prend le contre-pied total du phénomène. « La montagne était fabuleuse, elle nous donnait une respiration magnifique », explique Alix. « Nous avons besoin de nous éloigner de la civilisation. Cette civilisation qui, d’ailleurs, n’est pas si vieille à l’échelle du monde ».

Une femme engagée dans la reconnaissance de droits naturels

Alix Bénézech n’est pas seulement une actrice, elle est aussi une femme consciente et responsable. Associée aux projets « La voix des femmes » de Sarah Kaddour, « Nogynophobie » de Lisa Azuelos ou encore co-réalisatrice du film « Que justice soit nôtre » sur le droit des femme, l’artiste défend toute forme de violence. « Ce n’est que depuis peu que l’on peut parler du sujet librement ».
il y a un an, Alix avait joué dans « La Belle Saison » de Catherine Corsini qui mettait en scène les revendications et groupes de pression féminins mis en place dans les années 70.  » C’est impressionnant de voir que les enjeux de ces années sont encore actuels », s’étonne Alix. « On aimerait avoir des femmes comme cela aujourd’hui. On pourrait citer les Femen mais c’est encore autre chose parce que c’est davantage controversé. Peut-être que le cinéma sert à ça et que la cause des femmes doit être défendue par chacun d’entre nous… ».

Aujourd’hui, la culture peut être plus puissante que certaines déclarations ou considérations politiques

Pour Alix, le monde est aujourd’hui un énorme paradoxe qui la fait sentir un peu schizophrène. « D’un côté, les messages libéraux et de tolérance fusent tandis que, de l’autre, le machisme prend toute son ampleur, et ne parlons même pas de Donald Trump. C’est drôle de se dire que, plus l’histoire avance, plus ça se répète, et, parfois, plus on recule ».

Dans le court-métrage de Marc-Henri Boulier, Alix incarne « Juliet », un robot qui effectue tous les désirs du propriétaire. Entre « Her » de Spike Jonze et les poupées gonflables asiatiques, Juliet démontre avant tout l’état de notre société et les conséquences de la technologie sur les relations amicales et amoureuses. « L’humain a toujours cherché l’éternité, il cherche un bonheur absolu Pour l’homme, le bonheur absolu serait de vivre éternellement. Peut être que l’éternité serait greffée à une machine. En Corée, le film est pris pour un drame. Je trouve ça poétique d’avoir un rapport de respect avec les objets. À la foire de Paris, j’ai rencontré le robot Sheldon qui a craqué (rires). J’aime bien croire que les objets ont une âme, de me dire que l’âme ne s’arrête pas à l’humain, à l’animal, à la nature, mais que l’objet peut aussi être habité. Par exemple un objet de famille, c’est là qu’on se rend compte que ce n’est pas juste un bout de bois. S’il n’a pas d’âme, il a au moins une énergie. Je me souviens que lorsque j’étais petite, j’avais un ours en peluches qui avait grossi une fois rentrée de vacances. À l’époque, je lisais beaucoup Gunnm, une manga qui raconte la vie d’une jeune fille mi-humain mi-robot. Aujourd’hui, on n’en est plus très loin avec la science ».

Camping 3, l’exemple d’une nouvelle comédie tournée vers le passé

À l’affiche de Camping 3, Alix mixe aussi bien les films indépendants que les longs-métrages à plus gros budget. Pourtant, aucune affinité particulière ne se dégage pour l’un ou l’autre. « J’ai plaisir à tourner avec les deux », nous raconte-t-elle. « J’ai grandi avec des films très grand public. Le cinéma d’auteur, je l’ai découvert plus tard. Ce côté divertissement est important, je ne peux pas vivre avec une seule forme de cinéma, sinon je ne suis pas heureuse. Quand j’étais au lycée à étudier le théâtre, c’était du Bertolt Brech à fond, il me manquait cette part de folie ».
Aujourd’hui, il n’y a plus une seule façon de faire du cinéma. L’émergence des productions internet n’a fait qu’amplifier l’éclectisme d’un monde déjà très vaste. D’ailleurs, Alix tourne avec le Studio Bagel lui permettant de découvrir de nouveaux genres.

Pour autant, les nouvelles comédies valent-elles celles du début des années 2000 ? Pour certains critiques, il y a une latence, des films basés sur du potache au détriment d’une quelconque recherche scénaristique. Cependant, l’actrice n’est pas d’accord avec ces détracteurs. « J’ai vu de très bonnes comédies récemment, notamment Intouchables. C’est un peu difficile d’entendre de telles choses parce que les gens vont se focaliser exclusivement sur du gros budget qui n’a pas trouver son public ».

Avec les événements qui se sont produits, je pense que la comédie évolue vers une forme de nostalgie.

Pour la jeune actrice, Camping 3, tout comme « Bis » de Dominique Farrugia, évolue vers cette tentative de renouveau. « Camping est très drôle et très touchant. J’ai trouvé que c’était une bonne comédie française comme on rêvait d’en voir depuis longtemps. Toutes les générations peuvent se sentir concernées, on peut y aller avec ses potes ou ses grands-parents. L’avenir nous angoisse énormément ».

La clé de la réussite ne se situerait finalement pas dans le passé ? Lorsque Alix fait référence à Marcel Proust pour illustrer son propos, on comprend que « La recherche du temps perdu » a toujours été le but ultime de chaque individu. « Se souvenir des belles choses, c’est trouver la force d’avancer et de visualiser les choses positives pour l’avenir. Le passé, c’est permettre de comprendre d’où l’on vient, qui est on est, et qui nous serons ».

Credits : Marcel Christian

Devenez un FØLGER
Contribuez aux storytellings de FØLGE et rejoignez la rédaction
Écrivez à contact@folge.fr
iUmOrfqaA5E