Ara Cho Voyage à travers la Corée misogyne d’une artiste expatriée

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Tout droit sortie de la School of the Art Institute de Chicago, Ara Cho observe, ressent et analyse les sentiments qu’elle dépeint à travers un art de la forme. Ara nous témoigne sa vision d’une société coréenne, depuis New York, gangrenée par une misogynie qui ne se cache plus.

Ara a grandi à Séoul mais a vécu de nombreuses années entre Moscou et Chicago. Désormais installée à New York, la jeune artiste a exposé à la Galerie Space 776, mais également à l’Asian Contemporary Art de Hong Kong, le City Hall de Jersey City ou encore la Galerie Sullivan. Autant dire que l’art d’Art s’exporte et procure aux plus offrants une certaine forme de compréhension abstraite de phénomènes humains inexplicables. En effet, Ara Cho explore les aspects contemporains des relations privées, publiques, individuelles ou collectives et leurs interactions sociales à travers des formes d’art, principalement la peinture et les installations.

En constante réflexion, l’artiste tente de comprendre comment les générations contemporaines répondent à leur environnement fluctuant et dépensent leur énergie dans un monde en pleine mutation. Pour arriver à un travail satisfaisant, elle n’hésite pas à intégrer plusieurs langages artistiques et à imbriquer les couleurs pour caractériser une psychologie instable.

Ara Cho’s Installation

L’affaire du “Meurtre de Gangnam” en toile de fond

Dans son projet “Cuddle with My secrets”, Ara Cho exprime sans tabou la cause féminine. “Le projet a commencé alors que j’étais traumatisé de mon actuel/récent problème de santé. J’étais particulièrement frustrée avec ce sentiment d’une société construite sur ‘l’inconfort’ des maladies féminines. Dans une grande partie du monde, incluant même mon pays natal, la Corée, c’est même interdit”, nous explique Ara. “Cuddle with My Secrets n’a même pas pu être montré au Jersey City Hall car il a été rejeté pour cause d’incompatibilité entre le lieu et l’exposition”, ajoute-t-elle.

Deux affaires ayant secoué la société coréenne ont influé sur le travail d’Ara. D’abord, l’affaire du “Meurtre de Gangnam” qui, le 17 mai 2016, a vu le meurtrier d’une femme, en pleine boîte de nuit, être déclaré malade mental pour que le gouvernement évite une nouvelle polémique misogyne, alors même que les intentions du coupable étaient seulement de maltraiter et soumettre le sexe opposé. Puis, l’affaire du “Sora.net”, un site internet dévoilant des photos nues de femmes, à leur insu, n’a fait qu’accentuer le désir d’Ara de travailler son art engagé.

Ara Cho’s Installation

Il y a une grosse misogynie en Corée du Sud souvent boudée par les médias et le gouvernement – Ara Cho

L’affaire du “Meurtre de Gangnam” a initié un mouvement anti-misogyne qui touche les plus jeunes générations. “Les femmes commencent à parler publiquement de l’insécurité et de la maltraitance que leur mère et leurs grand-mères ont dû subir”, explique Ara.
Avec de telles fluctuations sociales dans son pays d’origine, Ara s’est donc posée la question de l’existence de la femme : pourquoi et comment ses caractères biologiques influencent ses relations avec la société ?

Une réponse qu’Ara trouvera peut-être dans sa deuxième exposition “Hide and Seek : have to veil it but don’t have to” (Cacher et Chercher : devoir se voiler et ne pas devoir à le faire). “Tout le monde a des secrets mais personne n’a de facilités à le dévoiler. Je me suis basée sur des souvenirs ou des expériences personnels qui ont été indicibles à cause de raisons extérieures tels que la conscience de soi, les tabous sociaux et les questions de genre ou de race”, confie Ara.
L’artiste crée donc un art qui croise la relation entre soi-même, et la relation avec une collectivité possédant des dissociations abstraites qui font naitre l’art que l’on connaît.

Ara Cho’s Installation

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