Colorado Papier improvisé, musique au feeling

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La fin de 2016 n’a jamais été aussi proche, et le temps des bilans arrive à grand pas. Colorado fait le sien avec nous. C’est à Saint-Brieuc que le groupe a grandi. La Bretagne nord inspire, les cafés de pêcheurs se mélangent au bruit des mas provoqué par le vent de l’hiver, celui qui fait fuir les touristes, mais qui parlent aux casaniers, aux amoureux de la région. C’est dans cette ambiance que nous avons décidé de rencontrer le duo proche d’un certain Paradis… Ils ont foulé la scène des Trans Musicales de Rennes, ils arpenteront le sol des Vieilles Charrues l’été prochain. Il aura fallu peu de temps pour que la rumeur enfle : Colorado plait. Une électro entraînante et entêtante, un timbre musical nostalgique et tout un public est comblé.

C’est l’histoire de deux acolytes qui commence au collège et qui se poursuit en concert.
Au collège, ils ont déjà eu un groupe de musique ensemble. Le synthé, Martin, l’a appris seul dans sa chambre. C’est donc naturellement qu’ils s’apportent des conseils sur ce qu’ils produisent. Avec des écoutes davantage électroniques communes syn-pop qui ont évolué, ils ont décidé de former Colorado l’année de leur Terminale : « Grâce à des sonorités qui nous plaisent, on arrive à se retrouver sur des influences communes. Pour la composition, c’est encore mieux. On se retrouve encore plus dans le son qu’on kiffe : une meilleure osmose. »
En janvier 2016, ils sortent leur premier EP. Rapidement, un tourneur vient les contacter. En avril dernier, ils se font remarquer lors d’un concert à l’Ubu à Rennes. Jean-Louis Brossard vient les trouver pour les programmer aux Trans Musicales. Ils ont joué aussi à Art Rock à Saint Brieuc, et clôturent leur tournée 2016 avec Hyphen Hyphen. Au fur et à mesure, une certaine notoriété se développe. « À chaque festival, on parle un peu de toi… » Pour eux, Colorado, « c’est purement esthétique, on aimait comment ça sonnait. Il n’y a aucun message derrière, même derrière notre musique. »

On aurait trop vite tendance à penser que les artistes mettent une empreinte d’eux dans ce qu’ils font. Evidemment, Colorado puise inconsciemment dans la manière d’écrire diverses influences. Seulement, ils ne cessent de répéter qu’ils n’imposent rien. « Cela perdrait le plaisir de la musique. Chacun y voit ce qu’il veut : le plus important c’est de faire plaisir. On aime être dans un état spécifique, et si les gens aiment l’état dans lequel on les met, tant mieux. Nos sons, c’est un partage de ce que l’on aime faire, et les gens en font ce qu’ils en veulent

Culture du clip

Pour situer un peu où l’on met les pieds, c’est Marc Melfun, de Les Gordon qui a réalisé leurs deux clips, « Lies » et « Cellphone ». « C’est un bon pote à nous » ajoutent-ils. « Les gestes sont totalement naturels durant la prise, après un travail avec les Gordon. C’est lui qui nous dit comment nous tenir, ce qu’on doit faire. Du coup, je (Martin) fais des trucs, parfois j’improvise, c’est sur l’instant. On tourne en environ un après-midi. On prend des spots cool, avec en amont une petite histoire sur le script et on choisit les endroits qui correspondent à l’ambiance que l’on veut donner. Mais c’est surtout sur l’instantané, on ne se prend pas trop la tête. Le premier clip, on l’a tourné en une nuit, le second en un après-midi. »

Les paroles sont purement esthétiques, de la fiction.

« On a un parolier, on écrit pas nos paroles, c’est le seul truc qu’on ne fait pas. » C’est un ami de notre producteur qui écrit les paroles. « Ces paroles, c’est de la fiction. Les paroles sont purement esthétiques. » Le clip est une fiction aussi, on a voulu jouer sur une ambiguïté entre l’amitié entre deux hommes. « Avoir mis les paroles en dessous, c’était pour l’aspect esthétique. Ça nous rappelait certains clips. C’est un clin d’œil aussi aux jeunes qui regardent leurs séries en VO. Ça ramène les paroles au premier plan, et donc, leur donne une plus grande importance, pour bien saisir ce qui est dit. »
Dans « Cellphone » on retrouve le chien du batteur des Juvéniles. Dans ce clip, le but était de ramener le code du hip hop, avec un côté urbain avec des immeubles (pour le coup, tourné à Rennes). « On avait cette volonté de jouer avec le côté urbain. On tire la gueule, on a une gestuelle évidente et on voulait contrebalancer avec notre musique qui est pop et s’amuser avec les codes du hip hop. »

Les réseaux sociaux, c’est capital pour le développement d’un groupe. Aujourd’hui, s’il n’y a pas ça, il y a rien.

Pour Colorado, être vu, c’est être présent sur les réseaux sociaux, ce qui accentue leur notoriété en drainant depuis leur concert jusqu’à leurs réseaux une communauté à gérer. « Pour un groupe il faut réfléchir à des photos, des posts… C’est au jour le jour, au quotidien que se construit un projet sur les réseaux sociaux. On prend une photo sur le moment, on kiffe et voilà. Des photos prises sur l’instantané. Quand on fait un concert, on voit le taux des mentions j’aime augmenter comme celui des abonnées ou des suivis sur nos comptes Instagram et Facebook. On reçoit des messages après les concerts, les gens nous disent leur ressenti sur le concert, c’est super cool. On peut discuter avec eux. Les réseaux sociaux nous ramènent du monde, et en plus, on répond à tout, on répond tout le temps.»

Une question d’expérience

Pour le groupe, la meilleure expérience était aux Trans Musicales à Rennes : « Les Trans c’était fou. C’était le plus gros concert qu’on a jamais fait, on a stressé comme des porcs, surtout la dernière semaine. On est arrivé sur la scène et les gens dansaient, tout le monde était à fond. On a trop apprécié : pour le moment notre meilleure expérience de concert. C’était hallucinant ! On a pris notre pied ! » Comme quoi, ça valait le coup d’attendre 3h30 du matin pour les voir passer ! Quelle bande d’infatigables, comme ils disent ça a « envoyé du steak » !

Pour ce qui concerne la pire, les avis divergent. Martin pense au concert de Carhaix samedi dernier : il avait une rage de dents, et du coup il ne pouvait pas chanter. Il a dû aller chez le dentiste en urgence. Pour Charles, c’était lors d’un concert au Grand Palais à Paris. « Il y avait deux heures de retard sur l’organisation, c’était impossible d’insonoriser car tout résonnait, il faisait 40°, pleins de raisons mises bout à bout… « Ou encore lorsque le Mac coupe et ça nous arrive que l’on joue et que tout se coupe… »

L’anecdote

« On était sur l’autoroute, on est tombé en panne avec le camion en allant en concert. On a dû appeler un dépanneur. On s’est retrouvé dans la campagne normande. On est arrivé en retard, mais on a réussi à gérer niveau timing. On était là pour jouer, c’était le principal. Quand on part en concert, on a toute une équipe… Et ouais…on n’a pas le permis »

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