HOLY TWO Le renouveau de la pop planante

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HOLY TWO, c’est la rencontre de deux étudiants en école d’architecture à Lyon. Quelques mois plus tard, leur EP “Lover’s Complaint” séduit et démontre à quel point la pop française se renouvèle. Rencontre avec le duo coup de coeur de FØLGE.

Retour en 2013, à Lyon. Elodie et Hadrien fréquentent une école d’architecture où leurs vies se rythment entre workshops et musique. Elodie était plus discrète musicalement, elle faisait des compositions pour elle, sans les dévoiler à quiconque. On lui disait qu’elle chantait mal, que sa voix ne donnait rien de bien exploitable au niveau commercial, alors elle n’a pas cherché à aller plus loin.  Hadrien, lui, avait déjà un groupe de musique depuis quelques années : The Electrix. À l’époque, il se faisait appeler Had et tournait déjà pas mal. RTL 2 avait remarqué le groupe ce qui leur avait permis d’accéder à quelques passages télévisés, et même de jouer leur propre rôle dans “Mes chères études”, un long-métrage d’Emmanuelle Bercot et récemment réalisatrice révélatrice du jeune acteur césarisé Rod Paradot pour “La tête haute”. À l’époque, Hadrien était le membre d’un boysband rock garage dont toute une génération était influencée par la veste en cuir, le slim noir et Jéméry Capone.

Aujourd’hui, The Electrix n’existe plus. Hadrien a appris à connaître Élodie alors qu’ils faisaient de la musique ensemble. “Au début, on faisait surtout des reprises” nous confie-t-elle. La plus grande partie de leur travail était la réalisation de covers, de Pretty Woman à Kavinsky en passant par les Strokes. “On faisait des reprises guitare/violoncelle. C’était cool mais, à un moment, ça nous a saoulé, alors on a lancé notre truc. On a acheté un vieux synthé tout pourri et on a commencé à s’amuser avec, à trouver des tonalités qui nous plaisaient”.

Cet achat a engendré le début de leur penchant électronique en délaissant une partie du travail acoustique produit jusqu’ici. Très rapidement, Hadrien et Élodie se sont mis à composer des morceaux jusqu’à en obtenir un stock assez conséquent. C’est à ce moment-là qu’est apparu dans le processus Victor, leur ingénieur du son. Il n’avait que très peu d’expérience dans le mix mais voulait absolument s’y lancer. Un accord a été passé pour un euro symbolique. Les premiers sons mixés ont été mis sur un CD pressé à une centaine d’exemplaires. “C’était pour les distribuer à droite à gauche, aux salles et à tous ceux qui voudraient un peu de nous. Puis, de fil en aiguille, ça a augmenté” nous confie Hadrien.

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En résulte le premier EP auto-produit en crowdfunding sur KissKissBankBank de neuf titres sorti en 2013. Intitulé “Holy Two”, les musiques ont toutes été enregistrées chez Elodie. On retrouve déjà ce qui caractérise le duo lyonnais : une sensibilité qui diffère à chaque morceau. Le premier morceau, “La Tal” joue énormément sur la percussion tandis que “Rush” dévoile l’aspect mélodramatique qui caractérise tant l’éclectisme du groupe. Holy Two commence à faire quelques dates dont une à l’espace B, et leurs morceaux font l’objet de reprises. Leur ami TB, alias Thomas Barrandon, prend d’ailleurs les dessus lors d’un formidable remix relayé par WATM Magazine.
Les influences sont multiples et prennent souvent source dans les antagonismes qui existent.

Les éléments (l’eau, le feu), le monde du rêve et du divin nous inspirent beaucoup. On s’est même surpris à s’inspirer d’un chant de messe pour un morceau. – Elodie

C’est d’ailleurs grâce à cet EP qu’Holy Two a intégré les Inrocks Lab. “Ils sont intéressants à plusieurs points, surtout parce que tu rencontres des artistes. C’est ici qu’on a fait la connaissance de Radio Elvis” nous explique Elodie. “À l’époque, on n’était pas du tout prêt. C’était juste le fait de dire qu’on existe. Ça permet de te placer en tant qu’artiste, de voir ce que tu vaux et où tu peux te situer sur le marché”.

Quelques mois plus tard, un deuxième EP voit le jour. Encore une fois, aucune stratégie commerciale n’avait été pensée. Hadrien et Élodie ont fait appel à Zerolex. “C’était vraiment plus pour le plaisir qu’on a fait ce projet” nous confient-ils. La même année, Holy Two participe au Ricard SA Live où ils finissent finalistes. “Ça nous a permis de rencontrer plein de professionnels”. Lors de ce tremplin, les comparaisons fusent : Alt J, The XX… Le groupe est soutenu par La Provence et les Inrocks. La tournée du Richard leur permet de se faire connaître auprès du public et des professionnels.

Intervient alors un troisième EP, “Lover’s Complaint” que le duo considère comme “le premier vrai EP”. Composé à distance car les deux musiciens n’étaient plus tous les deux à Lyon, cette nouvelle configuration de composition leur a permis d’évoluer. “On composait toujours tout ensemble donc on a cherché une autre manière de composer, et j’espère que ça a payé”.
En résulte une mélancolie plus présente, notamment à travers les morceaux “Lust” et “Orchid”. “Lust a été composé ensemble, on était de nouveau chez moi” explique Élodie. “Orchid était plus personnel. Tandis que Undercover Girls a commencé à le faire et me l’a ensuite envoyé pour le retravailler, Orchid était totalement l’iverse. Hadrien n’a finalement pas trop touché au fond du morceau. C’est dans ce son que les personnalités ressortent davantage. C’était une période de ma vie où je fais énormément de choses. J’ai fait un gros burn out et ce morceau marque vraiment ce moment entre l’avant et l’après”.

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Pour les plus fins connaisseurs de la littérature anglaise, Lover’s Complaint est un sonnet de Shakespeare publié en 1609. Une femme se lamente au bord d’une rivière après son abandon par l’être cher. À l’image des influences du premier EP, Holy Two est revenu à l’antagonisme sentimental. “Tout l’EP parle de cette thématique de la lamentation et de la frustration. La frustration peut prendre beaucoup de formes. Sur Undercover Girls, la frustration est traduire par la rage. Sur Orchid, c’est davantage la mélancolie tandis que sur Face It, c’est carrément la folie”. Le duo a finalement eu le souhait de rechercher la transmission musicale d’une seule thématique à travers plusieurs idées et plusieurs ressentis, tant à travers les textes que la musique.

Sur Orchid, c’est la retranscription de “Regarde ce que tu as fait de moi” tandis que Face It dit clairement “Dégage” – Elodie

Holy Two, c’est avant tout une folie sur scène, une envie de faire de la musique et de proposer quelque chose de toujours différent. Les versions CD sont toujours plus electro et moins rock que le live, et c’est un choix délibéré. “On essaie de proposer deux choses différentes. Pendant longtemps, on s’est contentés de jouer nos morceaux tels qu’ils étaient. On a longtemps été que tous les deux donc on ne pouvait pas se permettre de proposer de la variété et c’était frustrant car on avait des morceaux dansants et on n’arrivait pas à faire danser les gens”. C’est à l’arrivée de leur batteur Rémy Ferbus que l’envie de changer est apparue. Ce troisième homme apportait avec lui cette possibilité de créer une véritable prestation live. “C’était le moment de se décrocher de la version CD”.

Aujourd’hui, Holy Two évolue rapidement . Passé en avril dernier par Les Inouïs du Printemps de Bourges et après un passage remarqué au Pop Up du Label, le duo a intégré le label de Last Train. “De beaux projets sont prévus et comme ils gèrent le booking et la production, ça nous laisse le temps de nous concentrer sur notre musique. Comme ce sont nos meilleurs potes, on peut leur confier le bon dieu sans confession. Ils savent comment on bosse, on sait comment ils bossent. Avec Hadrien, on a débarqué comme deux êtres totalement naïfs et ils nous ont guidé pour arriver jusqu’ici”.

Cette réussite, ils la doivent aussi en partie grâce aux études d’architecture. “Le fait de faire autre chose, ça aide car étant donné qu’on passe notre temps à travailler archi, la musique devient un divertissement. Un jour, on a décidé de faire de la musique pendant une semaine non stop, et ça n’a jamais été aussi peu productif. Finalement, les idées viennent quand tu ne les attends pas”. Espérons que les inspirations continuent à venir encore longtemps.

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