Noga Erez Un caractère d'acier plongé en eaux troubles

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« Je vais ouvrir cette mer et tu verras un night-club de l’autre côté qui vaudra bien l’effort de la marche » Moïse.

Il nous aura fallu un mois pour déterminer si la sensation israélienne Noga Erez, baignée dans la culture d’une l’électro-pop provocante à souhait, est aussi puissante qu’on peut le lire un peu partout sans chercher trop loin. À force de brandir le terme de « Révélation » à chaque nouvelle inspiration issue d’un coin du globe, on en perdrait presque le compte de ceux à qui le terme colle autant qu’un t-shirt en saison estivale. Du côté d’Israël, on semble tranquille sur ce point. Off The Radar, son premier opus, offre une leçon de charisme et de maîtrise sans forcer le trait une seule seconde.

Être jeune et inspiré ne suffit plus à la musicosphère actuelle, qui devient un passage étroit plus que jamais. Rien n’en sort tant que le mot authentique n’y est pas entré. Si on s’accorde à parler de cet album comme un renouveau du genre, c’est sans peser nos mots, parce que rien n’aurait pu nous faire plus de bien que de noyer la musique aseptisée une fois de plus. Noga Erez peut autant agacer par sa désinvolture sur Noisy que cristalliser la pensée d’une génération perdue sur Global Fear. Avec le soutien de City Slang, le label indépendant envié par la moitié des artistes prometteurs, la jeune artiste étale une palette de couleurs qui explose à chaque morceau, chaque sonorité de rupture, chaque souffle d’entre-refrain, pour ne jamais relâcher l’attention sur sa débauche d’énergie inépuisable. Si elle est souvent comparée à M.I.A. (pas du tout facile comme point d’attache ), elle reste aussi authentique que l’époque le veut. L’épique s’ennuie de ne plus rien pouvoir filtrer, tant tout se ressemble et se détache d’une quelconque prise de risque.

On danse sur du n’importe quoi, on s’amuse de n’importe qui, sans regarder ceux qui sont capables de prendre de la hauteur sur les événements musicaux qui ne sont plus vraiment des événements.

« La vision de chacun de nos artistes est ce qui nous a toujours portés chez City Slang« , nous confiait récemment Aymeric Dieterle, qui s’occupe de l’artiste en France. Au-delà de la vision, c’est l’empreinte indélébile qui marque encore plus l’importance d’une artiste sur son époque. Et au moyen de morceaux qui naviguent entre révolution silencieuse ( « Balkada  » ) ou de critique intemporelle ( « Pity » ), Noga Erez se donne les moyens de ses ambitions, dégager de l’ambiance sociale actuelle un produit capable d’intéresser n’importe quelle auditeur avisé ou amateur. La puissance, le caractère fort, le lyrisme indéniable, autant de critères essentiels pour espérer demeurer sur la scène comme une pop star anti-système qui aurait compris sa génération et ne l’abrutirait pas pour voir un plus gros chèque arriver.
A l’instar d’une Lana del Rey qui engageait ses premières pensées dans la force souveraine de la femme dans l’industrie musicale, Noga Erez puise dans un autre style pour montrer que la liberté peut émerger de très peu de choses. Plus besoin de choquer pour réveiller, ni de saper le moral d’un quart de la population mondiale, l’expression personnelle devient vitale. Née quatre jours avant 1990, l’année de la guerre du Golfe, nul doute que son époque aura su lui donner les armes nécessaires pour devenir aussi percutante qu’elle le laisse paraître à travers tout l’album. Sans en faire une base de revanche sur les générations qui ont connu la facilité, seules des mots suffisamment isolés avec mystère par-ci et là lui laisse la subtilité d’être au-dessus de la mêlée. On aura vu pire comme marque de fabrique pour entamer une longue croisade vers le succès.

Tu le sais sûrement, tu t’es déhanché sur des playlists toutes faites, qui venaient ( et ça tu ne le savais pas ) directement des enfers, mais tu es assez intelligent pour aller faire un tour en Israël, entendre l’anglais caresser tes oreilles, et voir ton monde se développer avec encore plus de reliefs.

On vous te conseille de ne pas hésiter à ouvrir le péage et à foncer sur la route brûlante. Et puis, ça a l’air d’être de saison.

 

 

 

 

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