Pied de Biche Une histoire de mode sociale

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Dans notre formule du Nouveau Vestiaire, où chacun pourra trouver ses assemblages, quoi de mieux pour démarrer qu’un appel à la marche. Pas n’importe quelle marche. Une marche bien chaussée, belle, droite et se donnant de l’allure.
Au détour d’une visite au sein de l’atelier de l’enseigne au nom équivoque Pied de Biche, on a voulu savoir ce qu’était cette façon assez originale d’entrer dans l’univers exigent du prêt-à-porter. On a entendu le terme de « Crowdfunding », on a cherché à comprendre la signification. On nous parle de financement exclusivement lancé grâce aux clients, des clients lassés de se fondre dans la masse, ceux qui veulent qu’on s’intéresse plus à eux qu’à une rentabilité obligatoire et calculée. Mais les vertus du financement participatif ne s’étendent pas qu’à une gamme de consommateurs avides, elles vont concerner tous ceux et toutes celles qui cherchent un peu d’authenticité, à un prix qui leur permet d’y songer. Pour comprendre un peu mieux comment sont tirées les ficelles d’une pratique aussi altruiste qu’humaine et sociale, on s’est donc rendu chez Pied de Biche, start-up qui commence à trouver ses adeptes. 

C’est au 81 Rue Saint-Maur, 11e arrondissement de Paris, qu’on a pu gentiment se faufiler au sein de l’atelier de la marque. Matthieu, un des deux créateurs, nous a reçu, humeur souriante et sollicitude avenante. Après un petit rodéo de caféine aux grains serrés plutôt bons, disons-le, on a pu se poser et discuter de la marque, et plus largement des contours de la mode contemporaine. Dites-moi quand vous êtes prêt et on y va.

« On était en Birmanie entre amis, on voyageait et on a commencé à parler de créer quelque chose à nous, ça nous est venu comme ça, et c’est vers la chaussure qu’on a rapidement orienté notre choix« . Mathieu et la genèse du projet résumé en une phrase.
« On voit trop de marques qui se font une marge immense sur leurs produits, sans comprendre que l’attente et l’espoir d’un client sont plus importants« . Matthieu et la définition toxique du commerce actuel.
« L’idée d’expliquer les moindres détails avant de nous lancer et de nous installer, ça nous paraissait essentiel. Les personnes qui désirent de nouvelles choses aiment savoir ce qu’elles veulent, et ce qu’elles veulent, ce sont des objets qu’elles n’auront pas à jeter deux mois plus tard, sans pour autant les agresser en terme de prix« . Matthieu et le ton est posé d’entrée, assez calme et confiant sur la façon d’aborder le sujet.

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Parce que si il est un élément de vrai aujourd’hui, c’est cette propension médiocre à ne plus accorder de temps à des gens qui sont là pour habiller leurs sentiments. On parle de style et de mode, mais on évoque jamais la façon dont le contact humain est primordial. « Le principe du financement participatif, ce n’est pas uniquement se faire connaître par un nouveau moyen, ça va au-delà. Ceux qui viennent nous voir ont tous les âges possibles, des parents aux très jeunes. Ils viennent nous voir parce qu’on leur présente intégralement ce qu’ils ont envie de voir. On a défini notre ligne sur le site de financement en tant que « haut-de-gamme accessible », donc il faut faire en sorte de respecter cet engagement qui nous importe énormément« .
Dans la conversation, le domaine social du prêt-à-porter est celui qui a largement pris le plus de place, en étudiant avec soin toutes les caractéristiques qui les ont amené à se faire une place aux yeux de la consommation.

13h de l’après-midi (parce qu’il n’y a pas de 13h du matin) et on comprend que leur activité est une passion, que leur bénéfice est encore étroit, mais que leurs difficultés sont mises de côté, au profit de nouvelles idées.
Visant l’homme et la femme, le risque à prendre en compte est la possibilité de vouloir créer trop rapidement. Risque évité par nos amis du jour, puisqu’une seule gamme voit le jour par saison. Reliée à la bottine l’an passé, c’est sur la sneaker ( tennis entre élégance et simplicité qui réveille les phéromones de toute la pyramide sociale), et majoritairement des derbies qui rappelleraient une collection Claudie Pierlot, que la marque s’est fixée pour cette première moitié d’année. En alliant le cuir à l’elastomère, cette matière étonnamment résistante, les deux gammes se déclinent sous plusieurs couleurs et sont dardées de différents motifs. Pour les sneakers par exemple, les plus félines adopteront le léopard, les plus « savane gentille » pourront partir sur un zébré. Et ce ne sont que deux exemples de la créativité visuelle des deux acolytes.
Nos compliments pour notre humour incroyable au passage. Le plaisir est pour nous.

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Après la méthode, après les présentations et la vue d’ensemble, le deuxième café. Le café encore plus serré, qui nous a amené totalement ailleurs, sans sous-entendu.
La raison de notre venue ne concerne pas en premier lieu la technique de crowdfunding dont ceux qui prétendent cajoler l’actualité ventent bêtement les qualités (no name needed), il s’agit là d’un autre exercice, bien plus rapide. Exit la mode en elle-même, les coutures et la dorure du nubuck, on a interrogé la marque sur l’esprit d’une enseigne, dans ses traits artistiques.

Quand on porte la paire de Chelsea n°143 étiquetée Pied de Biche, quelle musique écouter ? Devant quel tableau l’ami ? Les exemples pourront paraître anodins, mais il semble que se vêtir n’est pas qu’une obligation, elle porte à s’évader, à connecter tellement de domaines qu’il en sera difficile de les dissocier.
On va essayer cette paire de chaussures fraîchement achetées, on prend ses petits écouteurs intra-auriculaires, les bouchons sont enfoncés dans les oreilles, le son en mode réacteur d’avion, et c’est parti pour un long périple.
« Natural Blues de Moby en passant devant un mur de street-art, c’est peut-être l’état d’esprit qui correspondrait le mieux. C’est beau, entraînant, et ça s’écoute un million de fois« . Matthieu, pragmatique et intéressé par notre esprit de rêveurs en quête de sensations, aura su satisfaire notre demande. « On veut que nos visiteurs aient une part d’authenticité ici, qu’ils puissent nous raconter leur histoire, pour certains, et qu’ils repartent contents, contents d’avoir pu passer un bon moment ». Matthieu, altruiste de talent.

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Mais où tout ça nous mène-t-il ? Oú veut-on vous emmener dans le fond ? On était là pour décrire une méthode, pour palabrer sur une marque qui nous a paru cool ? Pourquoi tant de désordre ?
L’ami, si on est chez Pied de Biche, et pas ailleurs, c’est qu’il n’y a pas de faux-semblants, pas d’hypocrisie de vente, on se sent à la maison, près de son fauteuil, de son cendrier déjà trop plein, excepté le fait qu’on se trouve en réalité dans un atelier qui vend un concept aussi unique qu’inspirant. La qualité ou le prix attractif ( entre 115 et 150 € ) ne justifient pas à eux seuls notre intérêt pour la marque, il y a une façon d’agir qui est beaucoup trop rare dans le milieu parisien et dans tous les milieux que tu voudras. Une volonté magnanime de sociabiliser des personnes à un concept, à rendre humaine une description du cuir. Acheter pour bien paraître est une chose, bien acheter pour apparaître en est une autre, plus valable.
Si toi l’ami tu méprises ceux qui appartiennent à la première catégorie, rends toi donc à l’adresse qui m’a valu mon début de papier. Tu seras reçu comme un roi et tu repartiras avec le sentiment d’avoir été unique pendant vingt minutes. Tu penseras art, chaussures, et soirée spéciale exposition de tes nouveaux bijoux.

« Vous revenez quand vous voulez, on vous recevra avec plaisir » Mais bien évidemment, Matthieu.

Et merci pour les cafés.

   

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