Prequell À la baguette d'un prodige de l'instrument

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Une musique qui réussit à émouvoir et qui pousse à réfléchir n’a aucun hasard. Dans la continuité du genre électronique matché à la composition classique, Thomas Roussel, alias Prequell, pose une main lourde sur les contours d’une musique cinématographique, rêveuse et humaine. Avec une expérience de composition dans la mode, des défilés de haute couture, dans un premier EP paru en 2015, et dans la réalisation de bandes originales de films, il surprend par sa maîtrise de l’orchestration, son goût prononcé pour l’esthétisme pur et sa faculté à délivrer une émotion nouvelle.   Son premier LP The Future Comes Before, sorti le 13 octobre, met à nu les apparences du temps et des normes. C’est tout naturellement, et après une bonne injection d’instruments à corde, qu’on est allé discuter avec lui sans prendre de détour.

 
D’où t’est venue l’idée de te mettre dans la peau d’un chef d’orchestre pour des défilés de mode prestigieux et est-ce que l’envie de poursuivre dans ce domaine te traverse ?

Je suis venu à la direction par commodité, c’était plus simple de diriger mes compositions car comment souvent dans la mode, les délais sont très courts, donc ça simplifie beaucoup de choses de diriger moi-même. Mais j’ai toujours composé et voulu continuer à composer, je laisse volontiers la baguette aux « vrais » chefs d’orchestre quand l’occasion se présente. Mais j’avoue que c’était une expérience fantastique de diriger le London Symphony Orchestra à Abbey Road, j’étais content d’avoir gardé la baguette.

Dans cette capacité à orchestrer et à composer, il y a un thème essentiel et évident qui parcourt l’intégralité de ton identité musicale, le temps. The Future Comes Before qui est le nom de ton premier album, Prequell qui est ton avatar, l’indice paraît clair sur le jeu du temps et ses segments. On peut parler d’axe majeur de ton existence d’artiste ?

C’est en effet un sujet central. J’ai été très inspiré par des lectures sur la physique quantique, qui perturbe tout ce qu’on sait sur l’espace et le temps, donc. J’ai aussi été inspiré par des sons mis à disposition par la NASA, que j’ai samplé, pour certains. La saga Star Wars, qui commence par l’épisode IV, avec George Lucas qui avait tout en tête avant même de commencer, et qui a donc décidé de débuter pas « le milieu » de l’histoire, m’a également fasciné. Et, de manière générale, j’aime beaucoup les « préquelles » au cinéma, qui, en racontant les origines d’une histoire, force à ce petit jeu de l’esprit sur la chronologie.

Le temps parcourt aussi un autre aspect de ton œuvre, ou la réunion entre la musique classique et la musique électronique, dont les apparitions respectives sont à des époques bien éloignées. Certains s’y sont essayés avec brio, on pense à Francesco Tristano, Rob Dougan ou encore Jeff Mills pour ne citer qu’eux, mais tu as l’air de parcourir un chemin encore différent. En quoi cette croisée des mondes peut devenir une référence absolue dans les années à venir ?

Quand j’ai eu la chance de travailler avec Jeff Mills en 2005, on ne se rendait pas compte qu’on faisait quelque chose d’assez inédit. J’avais initié ce genre de mélange orchestral et électronique en 2000, et c’est de cette façon qu’on a pensé à moi quatre ans plus tard, pour Jeff. C’est un mariage très sincère en ce qui me concerne, pour avoir été adolescent dans les années 90, en même temps avoir suivi le conservatoire. Avec Prequell, l’idée n’est pas vraiment de mélanger le classique/symphonique avec de l’électro, mais plus de proposer une musique singulière, très émouvante, organique et démonstrative, dans la lignée du « As If Nothing » de Craig Armstrong, et l’œuvre conséquente de Björk ou Massive Attack.

Comment ton œuvre peut devenir facilement accessible à quelqu’un qui ne s’est jamais approché d’un tel genre ?

Je pense proposer une musique assez instinctive, pop même parfois, surtout sur les featurings dans l’album, et en rien élitiste. Il y a d’ailleurs beaucoup d’orchestre dans la pop depuis des dizaines d’années. J’avais, en composant, cette image du CERN, l’accélérateur de particules en Suisse, pour essayer de composer une musique qui soit un accélérateur d’émotions.

S’il fallait décrire ton propre parcours en cinq adjectifs, sans te justifier, lesquels choisirais-tu ?

Je vais jouer le jeu! Je dirais que je suis passionné, curieux, chanceux, insatiable et inspiré.

On en vient à la question habituelle, celle des premières inspirations. À travers celles-ci, quelle est la sensibilité qui te motive à toujours plus créer ?

Pour cet album, j’avais disposé dans mon studio des reproductions d’œuvres d’art, d’artistes tels que Daniel Arsham, ou Loris Greaud, un ami avec lequel j’ai eu la chance de travailler en 2007. Elles avaient toutes en commun d’être assez sombres, d’impliquer le temps en elles, et d’être à la croisée du design, du classicisme et de la pop culture. Je cherchais à obtenir un son singulier, organique et minéral. J’ai ainsi conçu des sonorités de percussions à partir du bois ou du métal, pour essayer de proposer une matière originale. Comme je le disais un peu plus haut, j’ai aussi beaucoup été inspiré par les sons de la NASA. Enfin, je me suis référé à des émotions que m’avaient procuré des classique de certains groupes, d’un John Barry, mais sans les réécouter, de peur d’être tenté de les copier!

Il est évident de conclure sur l’aspect ultra cinématographique de tes compositions. En quoi ton premier long format pourrait-il être la bande son de notre époque, entre un désir d’esthétisme absolu et une mélancolie qui vit en permanence dans le coeur des hommes et des artistes?

Belle question! J’ai en effet assumé le côté « bande son de notre époque », d’où le nom de Prequell. Outre le côté cinématographique de ce pseudo, je voulais aussi me reporter aux origines de ma personnalité musicale, les morceaux qui m’avaient formé une identité musicale et esthétique. J’ai voulu rester sur des titres assez simples comme ‘Part XV’, ‘Part XIV’, pour laisser chacun imaginer, transposer son imaginaire sur le son, sans imposer ma vision ou mes images personnelles lors de la composition.

 

 

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