Skam France Comment la série à succès norvégienne s'est installée chez nous

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Vous en avez forcément entendu parler, ou bien vous l’avez vu sans être avertis, au saut ou au fond du lit. SKAM, proche du terme « shame », « honte » dans la langue de Molière, pour ceux qui auraient trouvé les cours d’anglais plutôt chiants, est la série qui a retourné la communauté adolescente des millénials, cette nouvelle génération pleine de stigmates qui dispose d’une influence majeure dans la société actuelle. Diffusées en 2016 et 2017, les quatre saisons du programme de la chaîne norvégienne NRK, d’abord discrètes, ont finalement été adoubées par le monde entier, à raison d’un nombre toujours croissant de fans purs et durs. Mélangeant des thèmes de société plus qu’actuels, de l’éveil à la sexualité à l’affirmation de cultures diverses, en passant par une forme viscérale d’amitié, sous tous ses traits, le phénomène Skam s’est vu gagner une notoriété qui l’a amenée à être ou bientôt être adaptée dans d’autres pays. C’est précisément en France, coproduction avec la Belgique, par le biais de la nouvelle chaîne culture destinée à la jeunesse France TV Slash que le premier « remake », s’il en est un, a vu le jour.

Après avoir littéralement défoncé les quatre saisons de la version originale l’automne dernier, notre équipe s’est mise d’accord sur l’efficacité absolue du système de la série, du changement de personnage central à chaque saison, à la manière de diffusion de chaque épisode ( l’heure de la diffusion et du programme sont exactement les mêmes, à la minute près ), ce qui le rend extrêmement éloquent, voire ultra- réaliste.
Au-delà du critère de système, les personnages, centraux ou secondaires, sont quasi tous excellents, qu’ils soient au centre de l’action ou en filigrane, à épauler chacun des protagonistes qui les entourent, ou à les rejeter. C’est donc tout naturellement que l’adaptation française s’est emparée des codes de l’oeuvre originale pour le transposer à travers une société différente en beaucoup d’aspects.

En écoutant la langue norvégienne, tout d’abord, on s’aperçoit qu’il aurait été quasi impossible de reproduire le ton de la série, les sonorités étant prononcées assez fort, avec un rythme saccadé, expressif et plutôt abrupte. La langue française donne une version plus monotone, sûrement plus calme, plus basse. Par exemple, Noora, personnage principal de la deuxième saison, est une caractérielle qui alterne aisément entre une forme de cynisme et une agressivité sans détour, surtout envers celui qui lui tournera autour pendant la moitié de la saison, William. Manon, sa version française, devient encore plus cynique, ironisant à chacune de ses apparitions, pour se protéger des problèmes qu’elle rencontre sans savoir encore les nommer. Ensuite, Iman, qui prend les traits de l’iconique Sana norvégienne, apparaît plus sanguine, prête à poncer les corridors de l’école et les parquets en soirée. Et là où il faut être pertinent chez nos personnages tricolores, c’est dans le peu d’espace qu’ils peuvent occuper dans le temps. Si le programme initial se permettait une amplitude entre des épisodes ( entre 20 et 50 minutes ), France TV Slash a clairement misé sur un cadre plus stricte, chaque partie comptant tout au plus 22 minutes, réduisant assez nettement la profondeur et la progression accordées aux protagonistes.
La bonne nouvelle, qui espérons va durer, réside dans le fait que, si la première saison dans l’hexagone est un copié-collé en termes de dialogues, de scénario et d’attitude des personnages, la deuxième saison tend à s’écarter au fur et à mesure, évitant là l’écueil le plus triste de l’histoire du petit écran ( aucune exagération évidemment ). De toute façon, on ne passera pas sur toutes les différences existant entre l’une ou l’autres version, aussi fortes soient-elles, parce qu’elles ne constituent pas l’enjeu majeur d’une adaptation chez nous.

Le point essentiel sur lequel il est facile de s’accorder, qu’on aime ou pas l’idée de remake en France, c’est la fraîcheur qu’un tel programme apporte dans le paysage des séries françaises. Beaucoup de tentatives dans le passé, et beaucoup trop d’échecs ( par exemple on peut adresser un petit coucou à Coeur Océan ), les gammes du petit écran dans l’Hexagone étaient à revoir. Avec l’arrivée d’un étendard de la jeunesse et de ses caractéristiques modernes, dont le renfermement sur soi, ou une dépression sociale commune à beaucoup, SKAM France force le respect sur sa façon presque méthodique de brosser l’ensemble des joies et des malheurs que vivent les adolescents, voire les pré-adultes. En étant un enjeu majeur pour la classe politique française, la jeunesse vit à travers chacun de ses personnages, avec pudeur sur certains sujets ( le viol, la religion ) mais sans tabou pour autant. Si l’univers d’origine a tant fasciné, on se doute qu’il ne s’agit pas que d’un effet de manche ou d’une distraction légère en attendant une énième commande Deliveroo. Efficace, précise, et rêveuse, SKAM, ailleurs ou ici, reste une mine d’or pour une génération qui veut vivre par elle-même.

La saison 1 française s’est achevée en avril, la deuxième est en cours de diffusion, épisode 5.

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